La Maison Pierre Loti
Un voyage dans l’imaginaire et le temps
Lieu : 141 rue Pierre Loti, 17300 Rochefort
Contact : 05.46.82.91.90
Maison-musée, maison-théâtre, maison-livre, palais des Mille et une nuits, délire personnel… Les qualificatifs ne manquent pas pour cette demeure hors du commun, œuvre d’un seul homme, Julien Viaud, plus connu sous le pseudonyme de Pierre Loti, écrivain et navigateur de la marine nationale du XIXe et du début du XXe siècle. Un musée en plein cœur de Rochefort, à visiter absolument. Définir une telle demeure est presque impossible tant les styles et les architectures s’imbriquent entre elles, se chevauchent, se côtoient. Ce que Loti a voulu concevoir dans ce logis familial est difficilement définissable : ce que nous pouvons en voir aujourd’hui est le résultat de plus de 30 ans de travaux et de modifications.
Il faut en effet penser cette maison comme un univers en mouvement perpétuel, à l’image d’une scène de théâtre dont les décores changent au gré des événements de la vie de l’écrivain. La Maison, telle qu’elle nous est présentée de nos jours, est ni plus ni moins que l’arrêt sur image d’une machine de l’imaginaire et de la transformation qui se serait figée après la disparition de son propriétaire.
Un peu d’histoire
Pierre Loti, le romancier-officier
Fils de Théodore Viaud, receveur municipal et de Nadine Texier, Louis Marie Julien Viaud né à Rochefort le 14 janvier 1850. En 1867, il entre à l’École Navale de Brest. En 1870, la même année que le décès de son père, il embarque sur une corvette comme aspirant de première classe et participe à la guerre contre l’Allemagne. En 1872, au grès de ses escales, il découvre l’île de Tahiti et écrit le Mariage de Loti.
En 1877, alors qu’il se trouve en Turquie, il rencontre Aziyadé, belle femme turque qui accapare son cœur. Malheureusement, cette celle-ci appartenait au harem d’un dignitaire local, il ne put donc l’emmener avec lui. De retour quelques années plus tard et décider à revenir avec elle Pierre Loti découvre que la belle est morte de chagrin. C’est suite à cet événement qu’il écrit Aziyadé une grande histoire d’amour en 1892. Il écrit par la suite Fantôme d’Orient en hommage à cette femme qui resta à jamais dans son cœur.
En 1881, il est promu lieutenant de vaisseau et publie son premier roman signé Pierre Loti, le Roman d’un Saphi. En 1883, il embarque sur l’Atalante et participe à la campagne militaire du Tonkin. Il publie un récit relatant heure par heure, la prise de Hué dans Trois journées de guerre en Annam, (publié dans le Figaro), récit à la suite duquel il est décrié par le gouvernement de Jules Ferry. 1886, est l’année de son deuxième grand succès, Pêcheurs d’Islande mais aussi l’année de son mariage avec Blanche Franc de Ferrière qui lui donne un enfant Samuel, en 1889. Par ailleurs, il est élu à l’Académie Française le 21 mai 1891.
En 1893, il rencontre une femme basque, Crucita Gainza, à qui il fait louer à Hendaye, une maison. En 1895, cette dernière donne naissance à un garçon Raymond. En 1896, sa mère Nadine meurt. En 1898, il achète la maison de ses tantes dans l’île d’Oléron. Entre 1900 et 1902, il est mis en retraite puis réintégré dans la marine et voyage en Asie. Pendant ce voyage, il écrit Les derniers jours de Pékin, et l’Inde sans les anglais. Il retourne à Istamboul plusieurs fois puis revient en France où il achète le château de la Roche-Courbon qu’il rénove avant de s’éteindre le 10 juin 1923 à Hendaye.
La maison enchantée
Bien avant la naissance de Pierre, au XVIIIe siècle, cette maison n’était qu’un immeuble à un seul étage appartenant à ses grands parents Texier. Sa mère en hérite en 1834 et on y fait ajouter un étage selon l’aspect qu’on lui connaît aujourd’hui. La façade est régulière et soulignée à chaque niveau d’une corniche moulurée. Plus tard, en 1895, la maison s’agrandit par l’acquisition de l’immeuble voisin, le n°139, qui possède deux étages également.
A l’aide d’objets et de meuble rapportés de ses voyages au bout du monde, P. Loti a progressivement planté un décor exotique et dépaysant dans de multiples pièces qu’il a fallu retoucher, agrandir, modifier pour l’occasion : pagode japonaise et salle chinoise au rez-de-chaussée ; salle gothique et salle renaissance au premier étage ; salon turc, chambre arabe et même une salle-mosquée au second étage. Le jardin lui aussi se trouve remanié : il prend des allures de labyrinthe et se compose de plantes et arbustes venus des quatre coins du globe.
La maison bourgeoise de départ se trouve ainsi progressivement transfigurée par Pierre Loti tout au long de sa vie. Ce que l’on peut en visiter aujourd’hui reflète donc sa vie de voyageur mais pas seulement. La maison ne saurait se résumer à la représentation de l’art et de la culture d’un pays, elle renferme aussi une foule de souvenirs pour l’auteur voyageur et il est important de souligner cet aspect du musée. Le visiteur est invité, en traversant chaque pièce, à rencontrer l’âme de son propriétaire.
Cet univers personnel, véritable représentation des lieux visités par l’homme, poursuit le voyage à l’infini dans des contrées plus exotiques les unes que les autres. (Ces « ailleurs » comme il se plaisait à dire). Du vivant de Loti, la maison n’a donc jamais eu vocation de musée personnel. C’était un lieu d’évasion, de jeu, de vie. C’est dans ce monde en réduction que Pierre Loti se plaisait à organiser de somptueuses fêtes. La liste est longue : « le festin Louis XI » dans la salle gothique le 12 avril 1888, la « fête arabe » dans le salon turc et la chambre arabe le 23 novembre 1889, la fête saintongeaise, dans la salle paysanne le 23 janvier 1894, la « fête sino-japonaise », donnée dans la salle chinoise le 11 mai 1903, enfin, la fête musicale du 30 juillet 1912.
Inventaire des salles :
Rez-de-chaussée : Salon Rouge, Salon Louis XVI, Grande salle Renaissance, Salle Chinoise, Pagode japonaise, cuisine, petite salle à manger, salle paysanne, cours chinoise, bassin (jardin).
Premier étage : chambres, tribune de la grande salle Renaissance, salle gothique.
Deuxième étage : bibliothèque ou chambre des momies, cabinet de travail, chambre arabe, chambre de la tante Clarisse, chambre de la mère de Pierre Loti, salon turc, petit musée, salle gothique, mosquée, chambre de Loti, tourelle ou minaret.
Pour aller plus loin
Les trois salles les plus exceptionnelles qui nous soient parvenues sont sans conteste la Salle Renaissance, la Salle Gothique et la Mosquée. Voici donc quelques mots et photographies sur ces pièces de la maison.
La Salle Renaissance : elle semble avoir été édifiée sans tenir compte de l’échelle humaine. La démesure est le maître-mot qui caractérise cette salle, à l’image des pièces d’un château français de la même période. Une cheminée monumentale très haute aux motifs gothiques, de grandes tapisseries du XVIIe siècle, des boiseries, parquet à chevrons rompus, plafonds à caissons, un escalier monumental, des vitraux…
La mosquée : salle impressionnante par ses hauts murs couverts de faïences orientales. Nombreuses arcades reposant sur des colonnes de marbre rose, coussins répartis partout sur le sol, lampadaires géants, corans ouverts sur pupitres, catafalques drapés d’étoffes de soie … Tous les matériaux de cette pièces ont été achetés en 1894 à Damas après l’incendie d’une ancienne mosquée.
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